Journal 24.3.17

Utagawa Kuniyoshi - Princess Takiyasha summons a skeleton spectre to frighten Mitsukuni [1844]

24.3.17

Hier, je n’ai pas écrit une ligne. Je sais pourquoi, enfin, j’ai une idée d’une éventuelle réponse à la question pourquoi ? — Eh bien, parce que je pensais à l’émission du soir, que je me représentais déjà en train de lire à côté d’un comédien, et que je ne trouvais rien à raconter. À raconter, si, on a toujours quelque chose à raconter, ne serait-ce qu’une anecdote plus ou moins intéressante, mais écrire, c’est autre chose. En l’occurrence, je ne me voyais pas écrire : « Cher journal, ce soir, je vais à la radio », même si, bon, tu me diras, écrire : « Cher journal, hier, je ne t’ai rien dit parce que j’étais à la radio », c’est tout aussi con, sinon plus. Quelquefois, tu n’as rien à écrire, et il faut l’admettre, un point, c’est tout. Ce n’est pas tout à vrai, cependant, que je n’ai rien écrit. Avant-hier, en fait, j’ai commencé un livre, à la lettre près, et hier, j’ai lu l’ébauche du premier chapitre sur lequel je travaille en ce moment, apportant des corrections substantielles.

Patti Smith, peut-on lire dans la presse, a acheté la maison de Rimbaud. La maison de Rimbaud ? Non, pas exactement. Elle n’existe plus. Elle a acheté la maison qui se trouve désormais sur l’emplacement de la maison dans laquelle Arthur Rimbaud écrivit le Bateau ivre et une Saison en Enfer, dit-on. C’est presque pareil. Même si, pour être tout à fait exact, il reste un mur de la maison de Rimbaud, Patti Smith n’en sera pas la propriétaire puisque celui-ci se trouve en réalité sur le terrain de son voisin. L’histoire ne dit pas si elle a lancé une OPA sur ce petit pan de mur-là ou non. L’histoire, en revanche, parle de fantômes, avec lesquels on pourrait cohabiter, c’est le journaliste qui le dit, en achetant les emplacements sur lesquels étaient bâties les maisons des écrivains morts. Étrange conception de la littérature, comme si les murs vibraient de la présence des auteurs qui y ont écrit. À Saché, où Balzac a passé du temps et où, je crois, il a notamment écrit le Lys dans la vallée, il y a un musée qui porte son nom. Il se trouve dans une région sublime, et c’est un lieu idyllique. Quand nous l’avions visité, il y a quelques années de cela, il était quasi désert, et nous avions pu flâner, Nelly et moi, à notre guise dans les pièces puis les jardins, avant d’être chassés par la pluie, je crois. Mais même la pluie était parfaite. À un moment, je m’en souviens, je sentis les murs vibrer. Je sursautai, me figeai, faisant mienne la rigor mortis que je me représentai soudain, avant de murmurer : « Honoré ? ». Personne ne me répondit. Pas même Nelly. C’était la fenêtre qui était un peu vieille et, laissant passer le vent, donnait l’impression qu’une présence se manifestait, revenant, fantôme d’un lointain passé. En revanche, plus tard, j’ai lu des livres de Balzac, que je n’avais plus lus depuis le collège. Des livres que j’avais sans doute trouvé poussiéreux à cette époque, mais que je redécouvrais dans toute leur vigueur, dans toute leur force. Il n’y avait pas de fantômes dans les pages de ces livres de poche, non, mais des présences bien réelles, les significations charriées par les phrases, à la portée de chacun. Il n’y avait pas de fantômes, non : contrairement aux auteurs, les significations ne meurent jamais.

But de l’existence de l’Occidental moyen du début du XXIe siècle : passer à la télé. Tout se joue là, dans les pitreries de starlettes dont on commentera ensuite le moindre geste, la moindre parole comme si c’était la légende d’un héros ayant accompli quelque haut fait d’armes. La télévision grossit, épaissit ou bien, au contraire, réduit à zéro, annule : les géants ont l’air de nains ivres et les petites bestioles difformes de grandes prêtresses.

Journal 22.3.17

22.3.17

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Découvert Etgar Keret en assistant à une répétition de NM, qui monte ses nouvelles pour le théâtre. Quelque chose me concerne dans cet univers qui me semble pourtant assez loin du mien. Peut-être, est-ce justement cela qui me concerne : que son univers soit assez loin du mien. Quand on s’étonne que je ne l’ai jamais lu, c’est d’ailleurs ce que je réponds, que ce n’est pas vraiment mon univers, mais en écoutant son écriture, je pense que c’est cela, aussi, qui me concerne : son étrangeté.

Je ne veux pas faire de politique au rabais, mais la peur de l’étranger est d’ailleurs une pathologie liée au décentrement. On peut se battre contre l’étranger, parfois, même, avec de bonnes raisons, mais la peur est autre chose que le conflit. On a peur de l’étranger parce qu’on craint d’être décentré. Dans un territoire indigène, l’image du peuple est celle qu’il a construite lui-même pour lui-même. Or, il est peu probable (c’est un euphémisme) qu’elle soit peu flatteuse. L’étrange raconte toujours une autre histoire. Et il est plus probable qu’elle déplaise à l’étranger qui l’entendra parce qu’elle le mettra lui, qui est indigène en son propre pays, au centre du récit.

Tout tourne. Tu ne peux pas entendre tous les récits, mais il faut laisser ceux qui le peuvent t’atteindre. Et te changer.

Reçu (la semaine dernière, déjà) mes Vans sk8 hi « Port Royale », qui n’ont pas grand-chose de bordeaux, de burgundy, comme disent les Anglais (et ce décentrage géographique a quelque chose d’étonnant, d’étrange et de savoureux, comme un dépaysement en son propre pays), non, mais sont au contraire lie-de-vin, comme me l’a justement fait remarquer Nelly. Peut-être les Anglais devraient-ils traduire la nuance lie-de-vin par bordeaux. Et la boucle serait bouclée, ainsi qu’il faut toujours qu’elle le soit.

Journal 21.3.17

21.3.17

J’ai toujours pensé si l’auteur devait ajouter un commentaire, cela signifiait que, d’une façon ou d’une autre, l’œuvre qu’il commentait ainsi souffrait de quelque défaut dont il était plus ou moins responsable. Et pourtant, peut-on ne pas expliquer sa démarche ? Le paradoxe, c’est que non ; ou alors tu acceptes que certains aspects ne soient par perçus aussi clairement qu’ils devraient l’être, comme quand, par exemple, en répondant aux questions que me pose PP, il me semble qu’il faut que je parle de « la philosophie analytique », pour signaler, au moins en passant, l’importance qu’ont (eu) pour moi la logique philosophique, la grammaire, l’esthétique analytique, et ensuite (sur la rive occidentale de la philosophie analytique, pour ainsi dire) l’approche rortyenne du pragmatisme (initiée par le tournant linguistique et enrôlant tout dans son sillage : Hegel, Wittgenstein, Heidegger, Dewey, Sellars, Davidson, Proust, Nabokov, Derrida). Évidemment, cela n’explique pas tout, mais c’est une sorte de contrepoint nécessaire à la figure de l’écrivain secrètement argentin, qui n’est en réalité qu’une toute petite partie du tableau.

Passé la matinée à la BNF, pour trouver les citations (trouvé les 2/3, du coup, j’ai fini ou quasi), relu aussi les réponses aux questions pour l’entretien. Envisage de les faire circuler un peu avant de les envoyer, histoire de voir si on sent les choses comme moi ou si ce n’est pas le ton, la manière. Je ne sais pas, on verra. En rentrant, le bus s’arrête au Jardin du Luxembourg, le chauffeur annonce qu’il va dévier son trajet par Denfert, à cause d’une manifestation. Je termine le trajet à pied. En arrivant rue de Rennes, beaucoup de CRS, comme d’habitude dans ces circonstances-là. Eux-mêmes n’ont pas l’air de très bien savoir ce qu’ils font ici. Deux jeunes en bleu fument derrière leur camion, comme s’ils n’en avaient pas le droit (je me demande : l’ont-ils ?) et qu’ils s’imaginaient à l’abri des regards indiscrets. Place du 18 juin 1940, le bleu a viré au rouge. La sono hurle des chansons de lutte, j’imagine des punks à chien en train de jouer du violon tzigane à la campagne. Ça sent la merguez, oui, mais il n’y a pas grand-monde, non. D’ailleurs, si on me demandait pour ou contre quoi ils manifestaient aujourd’hui, je ne pourrais pas le dire précisément ; j’en ai une vague idée, mais elle ne provient pas de cette manifestation-là. D’où cette question que je me pose, plus ou moins, chaque fois : À quoi bon ? C’est à cette question qu’ils devraient répondre pour commencer.

Journal 20.3.17

20.3.17

Dès que tu publies, tu es un vendu.

Difficile, ce matin, de te mettre au travail. Tu travailles un peu, mais tu fais surtout semblant. Tu traduis quelques pages, et c’est tout. Tu penses que, demain, il faudra que tu ailles à la BNF pour trouver les citations qui te manquent encore, et cet emploi du temps t’ennuie profondément, à l’avance. Pas grand-chose à dire, et même cela, je n’ai pas envie de le dire. J’hésite : faut-il que j’efface ou que je conserve la trace de cette faiblesse dépourvue d’intérêt ? — Si tu conserves, tu choisis le moi ; si tu supprimes, tu choisis la vie.

Pendant que je suis en train de courir pour tâcher de chasser le goût détestable de cette horrible première journée de printemps, je reçois un texto d’ASB qui cite un extrait de l’article de Guégan à propos du Feu est la flamme du feu. Je lui réponds avec des petits cœurs. La journée tiendra peut-être bon grâce à ça. Il a raison : je creuse mon sillon dans la solitude, mais parfois, le poids du vide est lourd à porter. Non que tu te plaignes, après tout, tout ce qu’il t’arrive, tu l’as voulu, sinon tu aurais fait autre chose, sinon tu ferais autre chose, mais il se trouve quelquefois que tu as envie de baisser les bras, quand tu n’en peux plus de hausser les épaules, de te dire que, si tu abandonnais tout, ce ne serait peut-être pas plus mal. On a vu des employés de bureau, heureux d’être des employés de bureau. Non ?

Quoi qu’il en soit, 7 km de plus. Je fonctionne à coups de 7 km trois fois par semaine. Pas extraordinaire, mais pas trop mal quand même. L’avantage de la course, c’est que tu expulses avec chaque foulée un peu des kg de haine que tu peux emmagasiner au quotidien, kg de haine qu’il te faut parvenir à éliminer (en plus des kg de graisse, bien sûr, mais les deux ne marchent pas tout à fait de la même façon) pour qu’ils ne te tuent pas.

C’est fou, le nombre de vendus qu’il y a.

Journal 19.3.17

19.3.17

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Nous sommes en 2017, et les révolutionnaires veulent toujours passer à la télévision.

Il y a quelques jours, j’ai recommencé à écrire à la main, dans un carnet qui m’a rappelé ceux que je tenais quand j’ai commencé à écrire, quand écrire, ce n’était pas encore publier des livres, mais quand c’était un verbe, une activité pure et simple, laquelle avait une importance vitale, pas thérapeutique (je n’ai jamais tenu de journal intime, l’écriture n’a jamais été ma confidente, j’ai toujours pensé à l’œuvre), quand elle se confondait avec le fait de vivre, vivre et écrire devenant, en écrivant, une seule et même activité, une seule et même nature au sens grec (de ce qui croît). Je ne prétends ainsi pas me tenir plus près de la vérité, mais peut-on nier qu’en dehors du carnet dans lequel tu écris à la main (en dehors, c’est-à-dire, de l’activité qui s’accomplit en elle-même, sans extériorité), tout n’est rien que du marketing ? Si sincère, honnête, vrai, rebelle, bla bla bla, que tu prétendes être, tu te vends, même quand, de fait, tu ne vends rien. Il te faut revenir avant ça, quand écrire, ce n’était pas des livres, mais simplement écrire : l’élan vital qui te poussait à raconter des histoires, à écrire des aphorismes, à échafauder des théories, et si on t’avait demandé : Pourquoi ? tu aurais répondu : Parce qu’il n’y a pas d’autre façon de vivre. Et n’est-ce pas, d’ailleurs, la seule réponse possible ? Je n’ignore pas la part démesurée de romantisme qui entre dans une telle perception, description, de l’activité d’écrire, part risible s’il en est, assurément, mais dont on ne peut pas faire l’économie ; elle n’a (en réalité) de romantiques que les clichés qu’on a bien voulu lui coller à la peau, comme si être totalement investi dans une activité qui, au moment où tu actives, résume le monde, pouvait être tourné en dérision. Pourtant, c’est pour cela que tu écris — pas pour chauffer une chaise avec le derche à la foire aux bouquins, pas dans le dessein absolu que quelque gratte-papier cite ton nom quand bon lui semble, pas pour te soumettre au petit pouvoir que détient Machin ou Untel — résumer le monde. Faire tenir le monde en une phrase (euphorie et hubris de l’aphoriste).

Journal 18.3.17

18.3.17

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La clause Molière (pauvre Molière qui, il est vrai, n’a jamais rien emprunté aux estrangers, surtout pas aux gens du Sud, mais a inventé un théâtre sui generis) ; — comme si l’avant-garde se trouvait dans le fait d’interdire de parler une autre langue que le français sur les chantiers de France. Français qui, en réalité, n’est guère plus qu’une langue moribonde, laquelle disparaît chaque jour un peu plus, écrasée qu’elle est par les campagnes de marketing en frenglish, les copistes, les hashtags made in USA, et les défenseurs rassis d’une francité qui n’a jamais existé ailleurs que dans leurs cerveaux détraqués. Personne, parmi ces gens qui, dit-on, forment l’Élite de la Nation, personne n’ira jamais exiger que, dans les conseils d’administration des grandes entreprises, on parle une autre langue qu’un anglais bâtard, personne ne reprochera aux locuteurs de ladite langue de manger du chicken ou du cheese, ni de rouler dans des voitures hybrid, ni de ne rien trouver de mieux à faire que d’élever leurs enfants dans le culte de la tuerie de Columbine.

— Est-ce que la chasse aux pigeons est ouverte ?
— Mais non, voyons ! Ce sont les touristes qui envahissent la ville. La migration dure jusqu’à l’automne, tu sais bien.

La façon dont TF1 et l’ensemble des media de masse sélectionnent les candidats pour lesquels les électeurs auront le droit de voter ensuite à partir de sondages d’opinion qu’ils ont commandés eux-mêmes, le tout validé par les plus hautes instances de la république, en dit long sur la conception courante de la démocratie : pas de pluralisme, pas d’argumentation, non, mais la construction artificielle d’un débat qui s’articule autour de célébrités invitées à donner leur opinion sur les sujets qui font l’audience du moment. Parodie de démocratie, à l’évidence, à laquelle des millions de téléspectateurs assisteront pourtant, sans ciller, fascinés par les petits hologrammes qui s’agitent et éructent devant leurs yeux écarquillés.

Journal 17.3.17

17.3.17

Ce matin au réveil, j’ai pensé à cet ami qui, après mon départ de la prépa HEC où nous faisions nos études à Marseille, m’avait répondu, quand je lui proposai de nous voir, qu’il ne pourrait pas parce qu’il était (je cite) overbooké. Avant, je n’avais jamais entendu de “vraie personne” employer ce genre de mots-là, je savais bien que des gens se servaient d’expressions similaires, mais je m’imaginais qu’ils appartenaient à une sorte d’univers parallèle dans lequel je ne pénétrerais jamais. Apprendre qu’en fait, ils étaient déjà parmi nous fut un choc terrible. J’en ris, mais j’en conçus aussi un sentiment désabusé à l’égard de l’humanité, m’apercevant qu’en effet, dans son immense majorité, elle est infréquentable. Il y a quelques jours, via les réseaux sociaux, j’ai appris qu’il s’apprêtait à voter Macron. Y a-t-il lieu de prendre cet air étonné ? J’ai pensé à lui parce que c’est la deuxième fois en quelques semaines que quelqu’un, un ami, c’est ainsi que l’on dit, me semble-t-il, m’explique qu’il n’a pas le temps de faire telle ou telle chose avec moi, un peu comme si ce schéma de l’overbookisme se répétait dans ma vie à des années de distance. C’est sans doute vrai, qu’ils n’ont pas le temps. Je n’en doute pas un seul instant. Cette semaine, par exemple, jusqu’à présent, moi, je suis allé chercher Daphné tous les jours, j’ai joué avec elle, je l’ai couchée seul deux soirs, j’ai préparé trois-quarts des repas, fini mon article sur Pàmies, rédigé sept questions pour un éventuel entretien avec lui, traduit un article pour Feuilleton, fini la traduction d’un petit livre sur Sidi Larbi Cherkaoui, commencé la traduction d’un troisième, tenu mon journal, commencé un nouveau texte qui n’existe qu’à l’état de manuscrit, suis allé courir deux fois, m’apprête à y aller une troisième dans la matinée, ai perdu mon temps, aussi, et caetera. Et encore, je trouve que je ne fais pas assez de choses, si j’étais plus concentré et moins fainéant, je pourrais travailler plus. C’est John Cage, je crois, qui dit que plus on fait de choses, plus on a de temps pour en faire. Mais, en l’occurrence, ce n’est pas la bonne façon d’aborder le problème : tu as autant de temps que tu as d’envie. Les gens, ces soi-disant amis, n’ont pas envie. Je ne dois pas être assez intéressant, passionnant, engagé, sexy, je ne sais pas quoi, je dois être trop moi. Tant pis, je n’en conclurai rien d’autre, sinon que ce qui me manquera le moins, quand j’aurai quitté Paris, ce seront mes amis.

Un soir, au Cour Julien, en sortant d’un concert d’Hawksley Workman, j’ai pris des coups de poing qui m’ont conduit aux urgences (quelques points de suture à l’arcade sourcilière gauche, rien de plus). L’ami avec lequel je me trouvais alors m’avait expliqué au moment où je montai dans l’ambulance qu’il ne m’accompagnerait pas parce qu’il ne supportait pas les hôpitaux. C’est le même qui s’était réjoui (pour rire, avait-il pris soin de préciser ensuite) quand j’avais échoué à l’oral de l’Agrégation de philosophie. Mais je crois en l’amitié. Comment pourrais-je faire autrement ?

Ne crois pas en une forme ou une autre de misanthropie, ce n’est pas cela du tout, même si j’aurais des arguments pour la défendre, éventuellement. Il y a des gens que j’aime sincèrement, il forme une famille. Simplement, tu ne peux pas avoir foi en l’humanité quand elle se comporte comme tu vois qu’elle se comporte. Et je ne suis pas non plus en train d’essayer de te faire croire que je vaux mieux que le reste de l’humanité, dont je me fous pas mal, à vrai dire, non, ce que je voudrais dire, peut-être, c’est qu’il faut se concentrer sur un noyau dur, un élément de stabilité dans le chaos des jours qui passent. — C’est pour cette raison, je le sais, que je n’ai pas cessé d’écrire quand tout (ou presque) me suggérait de laisser tomber, parce que le sens de la vie était là, personne d’autre (ou presque) ne le voyait, mais moi, oui, là, dans cette activité qui assurait une continuité, là même où pourtant il n’y a jamais que du désordre, de la contingence, et une absence totale de signification.